Gudule est grosse!

Mais tout va bien, j’me soigne !

« On sort avec les maigres, on rentre avec les grosses »
Régine

 
Cela faisait un moment que je me tâtais pour savoir si je devais faire un article à ce propos ou non… Et puis finalement… Je vous ai déjà parlé sur slutshaming et bien maintenant, on va parler d’une autre forme de stigmatisation sociétale. J’ai nommé :
 

Le fatshaming

(ou grossophobie quand on est puriste)
 
En pratique, le fatshaming fait partie du « sizeism », mot barbare s’il en est, recouvrant toutes les discriminations faites à partir de la taille : trop grand/petit, trop maigre/gros… Bref, tous ceux dont les critères physiques ne sont pas dans les normes sociétales et marketing.

Etant de taille moyenne (et ouais dépasser le mètre 60, c’est être de taille moyenne) et ronde, autant dire que le fatshaming, c’est un peu ma meilleure amie quand je sors. Je cumule les défauts : je suis une femme ronde. Je ne vous raconte pas le bordel… Entre ceux qui pensent que mon vagin c’est la gare de Lyon et d’autres qui pensent tout savoir de ma vie en un seul coup d’œil autant dire que c’est la foire au monstre quand je sors.
 
Bref, après ce 3615MyLife, passons à ce qu’il m’a poussé à écrire sur ce sujet : les photos de Courtney Mina. Cette dernière, mannequin grande taille, s’est défiée de poster des photos d’elle en sous-vêtements sur Instagram afin de recueillir les commentaires et, surtout, s’y confronter.

Avant toute chose, voilà quelques photos :


 
 
Si visiblement, cette jeune femme a reçu plus de commentaires positifs que négatifs, ce n’est pas le cas dans les réactions sur Facebook. Ces dernières sont on ne peut plus révélatrices du fatshaming en France. Voici quelques morceaux choisis :

A croire que seule l’obésité explique les problèmes d’articulation, cardio-vasculaires… C’est un facteur aggravant, nous sommes d’accord. Mais c’est comme partout: il y a des obèses en super forme même à 60 ans et d’autres qui seront des épaves. Idem chez les « normaux ». N’en déplaise à Cams.
 
 

Apologie: du grec apologia => défense. Eloge ou justification de quelqu’un ou quelque chose, présentés dans un écrit, un discours.

A savoir que la jeune femme a simplement osé mettre #curvesreign aka « les courbes règnent » en légende de ses photos… C’est donc l’apologie de l’obésité. Tutafé.
 
 

Ces personnes ont besoin de ne pas se sentir exclues parce que pour la société, elles sont malades. Certaines ne se sentent pas malades et c’est leur choix. Elles ont le droit de se sentir bien dans leur peau. Et de le revendiquer.
 
 

L’IMC (Indice de Masse Corporelle) est un calcul mathématique conçu sans qu’aucune variante n’entre en compte. A mon sens, l’IMC est un moule établit pour tout le monde en oubliant que nous sommes tous différents. L’IMC est donc simplement un nouveau moyen de discrimination. N’en déplaise à Jules, avec un IMC déséquilibré on peut être en meilleure santé que ceux dont l’IMC est parfait… Et ouais.
 
 

Est-il carrément impossible et contradictoire d’être supposément malade et décider de profiter de sa vie?

Elle assume son poids, ses courbes. Elle n’est pas la seule dans ce cas. Qu’est-ce-qu’il y a de si dérangeant dans le fait qu’elle veuille qu’on la voit comme une femme/une humaine plutôt que comme un sac de graisse?
 
 

Ma première réaction, c’est: banaliser la connerie devrait être interdit mais bon… vu la société actuelle, vous êtes un mannequin.

Perversité: Tendance à faire le mal consciemment, par plaisir de nuire.
Perversion: Désigne, dans un sens général, l’inclination à des conduites considérées comme « déviantes » par rapport aux règles et croyances morales d’une société.
Hypocrisie:  Est l’attitude morale par laquelle on exprime des sentiments, des opinions que l’on n’a pas ou que l’on n’approuve pas.
Je crois que tout est dit dans les définitions.
 
 

Cette femme peut courir, sauter, faire de la rando et tout ce que l’on pourrait attendre d’elle. Elle le fera moins bien mais tout le monde n’est pas un sportif de haut niveau…

Je doute qu’Iseult soit capable de faire le quart de ce que cette jeune femme peut faire. Ne serait-ce que porter son poids toute la journée et avoir une vie active… Mais bon, Iseult est excusée, elle est probablement socialement acceptable.
 
 

Gros = malbouffe. C’est comme les antibiotiques, c’est automatiques. Je crois que les gamines veulent plus ressembler à la star à la mode même si cela veut dire tirer la gueule sur les photos et avoir des rides à 20 ans plutôt que ressembler à la jeune femme obèse et souriante qui s’aime.
 
 

Mon Dieu, c’est une urgence, Julie est dans la santé donc, elle peut donner des leçons de vie! #SyndromeDeDieuInside!
 
 

Gaëtan, quand on est un débile de l’orthographe, on se tait. Qu’est-ce-que cela peut faire qu’elle risque de mourir jeune, c’est son problème. Elle a un comportement mentalement sain dans le sens où elle ne se flagelle pas parce qu’elle est « malade ».
 
 
 

Ce que l’on peut retirer de ces immondices pardon, de ces commentaires, c’est:

  • Apologie de l’obésité
  • Risque pour sa santé
  • Risque de mourir jeune
  • L’obésité est une maladie

Ces photos ne sont pas une apologie de l’obésité, n’en déplaise à tous ceux qui s’amusent à le croire. En définitive, il s’agit simplement d’un message visant à prouver que ce n’est pas parce que l’on est gros, que l’on est moche. Courtney Mina essaie, au contraire, de pousser ceux qui sont obèses à s’accepter. Simplement parce que ne pas s’accepter, être malheureux, ne fait qu’envenimer le « problème ».
 

Je crois que le souci de ceux qui hurlent à l’apologie de l’obésité (comme on dit, la demoiselle proteste trop pour être honnête), c’est parce que cela dérange. Courtney Mina ne devrait pas sourire. Il ne devrait pas émaner d’elle une certaine joie de vivre. Il ne serait pas question d’apologie si et seulement si, elle avait l’air malheureuse, honteuse, prête à se pendre et à subir une vie de souffrance pour avoir des kilos en trop.
 

Si tel avait été le cas, ces bien-pensants Imcnormés seraient en train de compatir, d’avoir pitié d’elle et de lui souhaiter tout le courage du monde pour rejoindre leur secte. Ils la défendraient même de ceux qui la traiteraient de moche… Parce que bon, la pauvre quoi! Être gros, c’est obligatoirement être malheureux.
 

En même temps, pourquoi se plaindre? Quand on est gros, il y a tellement de gens qui compatissent et qui, soudain, ont le droit de se soucier de notre santé! Tant de gens prêts à aider, à nous donner les recettes miracles pour perdre du poids et qui ne comprennent pas que ce n’est pas de conseils dont on a besoin (on a un médecin pour cela, voir plusieurs) mais de soutien, de compréhension, d’acceptation… En même temps, c’est sacrément logique: quand on est gros, on ne devrait pas s’aimer, on devrait se détester et trouver la force de maigrir pour rejoindre la horde souriante des Imcnormés.
 

Quand on est gros, notre poids, notre alimentation et notre style de vie ne font plus partie de notre vie privée mais sont devenus des affaires publiques. Les prêcheurs de bonne parole sont légions car tous ont un style de vie des plus sains: ils ne boivent pas, ne fument pas, font du sport tous les jours, ne polluent pas, mangent bio/sain… Des parangons de la bonne santé et de la bonne conduite qui s’octroient la mission divine de faire retrouver le troupeau aux brebis galeuses obèses.
 

Quand on est gros, on est obligatoirement malade. Et qui dit malade, dit obligation de se soigner. C’est comme ça. Il n’y a pas le choix, de toute manière, tout le monde est là pour aider avec des conseils sortis de derrière les fagots sur un ton compatissant et empli d’une pitié méprisante. Parce que le gros n’a pas la volonté de se soigner, il ne prend pas soin de lui, il est malheureux.
 

L’excès de poids est une maladie si aisée à soigner pourtant! Un petit régime, du sport et zou, on retourne au 34. Quid des problèmes hormonaux, de la génétique, des autres problèmes de santé? Allons donc, des fadaises, mon brave! Les gros sont gros parce qu’ils mangent mal et ne font pas de sport. C’est connu et communément admit. Même les médecins le disent, même doctissimo et ne parlons pas des magazines féminins qui, les cigales arrivant, se donnent la mission d’éradiquer les traces de gras des corps comme on éradique le mazout des plages après le naufrage d’un pétrolier.
 

En définitive, le gros, c’est le cancéreux des Imcnormés. Une bonne chimio, quelques radiations et zouuuuu, il rentre dans du 10 ans (tout mon respect à ceux qui sont malades du cancer, hein). Mais contrairement aux cancéreux, les gros doivent se cacher jusqu’à ce qu’ils aient l’air suffisamment mal dans leur peau pour qu’on les laisse sortir. Hem, je dérive…
 
 

Quand on est gros, on risque de mourir jeune. Quand on est con aussi et pourtant, la connerie n’est pas encore reconnue comme cause nationale. Pourtant, ça devrait. Mais bon… quand on est gros, on a aucun droit: pas le droit de sourire, de vivre, de manger dehors (sous peine d’avoir des regards et/ou des commentaires compatissants/méprisants), de s’habiller correctement (les lignes grandes tailles françaises sont souvent faites pas pour habiller mais pour ressembler à des sacs à patates)… Bref, quand on est gros, on est pas un être humain, on est pas un animal mais presque parce qu’on a pas la volonté de maigrir.

Par tous les Saints, Gudule serait-elle en train de se plaindre? Mais non voyons! Il y a tellement de gens dehors qui se soucient de sa santé!


A la base, j’ai écrit cet article sur mon ancienne plateforme. Peu à peu, au fil de mes besoins, je rapatrie les articles. Vous trouverez la version originale ici.

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3 réflexions sur “Gudule est grosse!

  1. À noter qu’il existe une tendance inverse au fatshaming, et tout aussi étrange.

    Je veux parler bien sûr de ceux qui vont reprocher à une personne obèse ou en surpoids relativement célèbre de prendre des mesures pour maigrir. Genre « on te préfère quand tu es gros car tu as l’air jovial, ça te donne un côté sympa, gros nounours », mais après, les personnalités « fortes » auront aussi des remarques blessantes sur leur surpoids.

    Pour citer des cas, j’ai vu des commentaires reprocher à Guy Carlier, Laurent Ournac ou au Joueur du Grenier leur perte de poids, sans prendre en considération leur santé. En somme, « t’es gros, on se fout de toi. Tu maigris, on t’aime moins car tu n’es plus le même ».

    Bon, étant moi-même en surpoids, avec surtout la brioche au ventre, je suis assez sensible aux propos désobligeants de certains et sur la question, mais ça reste un fait qu’il vaut mieux surveiller son état de santé quand on est dans cette situation, même si bon, être en surpoids ne signifie pas non plus avoir d’emblée un pied dans la tombe, comme tu le dis.

    Bref, dans tous les cas, je trouve important d’être bien dans son corps, et je préfère encore une femme en surpoids à une anorexique qui détruit plus sûrement son corps que la première, pour réagir au précédent commentaire. Les deux ont des conséquences sur la santé, mais l’anorexie abîme une bonne partie du corps.

    Ce qui me sidère, c’est que des types qui ont plus de 18 ans se croient drôles en se moquant de filles en surpoids sur facebook et ailleurs.

    Aimé par 1 personne

    1. En définitive, les propos pour Ournac ou JdG, cela rentre dans le skinny bashing.

      Il n’y a pas que des types, c’est aussi des femmes. Les femmes, certaines, deviennent les nouvelles flics de la société et elles sont pires que tout.

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