Ecologie et féminisme #1: l’écoféminisme: un moyen pour renvoyer les femmes dans leur cuisine ?

En farfouillant pour mon article sur les materneuses, j’ai trouvé un concept qui m’a fait hausser le sourcil, tel un Teal’c femelle sceptique devant la dernière blague du colonel O’Neill…

Exactement cette tête.

L’écoféminisme.

Kézako ? Bah en fait, c’est le mix en le féminisme et l’écologie. C’est tout un processus et une éthique qui s’inscrivent dans une logique de développement durable.

Sur la couverture, c’est quelque chose qui semble être une branche « parallèle » du féminisme et de l’écologie. Cela commence à se gâter quand on explore la philosophie…

En effet, si l’on en croit le mouvement, il y a une corrélation et des similitudes entre les comportements envers les femmes et ceux envers la Nature.

Sur le principe, je ne dis pas que c’est faux et infondé. En effet, l’homme domine et détruit tout ce qu’il touche… Enfin, en théorie. Parce que l’individu genré masculin (je commence à adopter le « bon » vocabulaire) n’est pas qu’un seul mangeur de steak à poil dur (et je retombe dans les clichés dans la foulée). A croire ce genre de mouvance, tous les individus de genre masculin sont des destructeurs et des dominateurs patentés.

Alors que non! Nous savons tous que le premier « mâle » à poil dur n’est pas obligatoirement un destructeur dominateur impénitent. Il y a toute une palette de consciences, de sensibilités et de remises en question. Chose que l’écoféminisme semble nier à tout ce qui s’identifie comme étant un homme. Il dénonce ainsi la tripe domination de l’homme blanc: sur les femmes, sur les pauvres et sur la Nature.

Comme partout, il y a plusieurs courants de pensée dans le même mouvement. On retrouve donc:

  • l’écoféminisme spiritualiste
  • l’écoféminisme éthique que l’on retrouve dans une nouvelle éthique naturaliste consistant à réparer les blessures infligées à la nature par l’homme tout en prônant un droit de la nature et un droit des animaux.
  • l’écoféminisme de résistance et de création
  • un écoféminisme prenant racine dans l’écologie profonde et aux mythes fondateurs ainsi qu’à une planète symbiotique
  • l’écoféminisme matérialiste

Le nombre conséquent de possibilités font de l’écoféminisme une sorte de grande décharge où l’on retrouve majoritairement une critique du patriarcat, du capitalisme et du matérialisme rationaliste et techno-scientifique, la marchandisation du vivant, l’agriculture industrielle; ainsi que les concepts tels que la révolution verte.

Oui, moi aussi j’ai le cerveau qui proteste

De là, il y a eut de nombreuses interrogations et beaucoup de femmes (souvent cisgenres de type binaire d’ailleurs) ont fait de l’écologie leur nouveau cheval de bataille tout en la mâtinant de féminisme. J’avoue que je me demande quelle est leur définition du féminisme.

Mon effort constant vers plus de tolérance (j’ai pas l’air mais j’y travaille) me pousse à dire que le féminisme peut amplement se comprendre dans l’écologie, que si ces femmes sont libres de leurs choix et de leurs opinions. Jusque là, c’est parfaitement logique. Cependant, je ne peux m’empêcher de me dire que si elles s’attachent à réparer les dégâts des hommes (on note la minuscule) envers la planète, n’est-ce-pas parce qu’elles estiment que c’est leur rôle en tant que « gardiennes » du foyer? Un petit complexe de l’infirmière materneuse, peut-être?

Imagine issue de ma dernière découverte de blog…

Parlons un peu des données que j’ai pu recueillir au cours de mes pérégrinations…

Le petit monde de l’écoféminisme s’est retrouvé tout chamboulé quand Mme Badinter (la femme de l’homme vénérable ayant réussi à supprimer la peine de mort) a publié, en 2010 (je suis « un peu » en retard), un ouvrage intitulé: Le conflit – La femme et la mèreDans son écrit, Mme Badinter parle du retour du naturalisme (qui est bien souvent considéré comme étant une branche de l’écoféminisme, à moins que ce soit l’écoféminisme qui…. )

Le Naturalisme, kézako? Bien souvent, on entend par naturalisme, le mouvement littéraire dont Zola est le parangon. En philosophie, il s’agit de la conception selon laquelle tout ce qui existe – évenements ou objets – n’a d’explications, de causes et de fin que naturelles. C’est l’idée que le monde n’est qu’un et causalement clos: aucun événement dans le monde ne peut être causé par quelque chose situé en dehors du monde naturel.

C’est aussi une théorie qui est parfaitement expliquée par Mme Mignot Véronique:

Idéologie qui fait de la biologie et de la nature le socle de toutes les vertus et qui condamne plus ou moins ouvertement :la pilule contraceptive, les petits pots préparés, la péridurale, les couches jetables, les biberons au lait maternisé…La nature devient un argument décisif pour imposer ou dispenser des conseils. Cette « mère nature » devient une référence éthique difficilement critiquable auprès de laquelle  les autres arguments n’ont qu’à aller se rhabiller! La nature, à elle seule, incarne le bon, le beau et le  vrai  chers  à Platon. La « philosophie » naturaliste détient le pouvoir suprême de la culpabilisation, capable de changer nos mœurs.

Minute papillon, petite parenthèse…
#facepalm

Avant toutes choses, je tiens à dire que je respecte Mme Badinter malgré son lien évident avec Publicis. En effet, le principal reproche qui lui est fait ce sont justement ses actions au sein de ce groupe. Pour beaucoup, parce que sa source de revenus (ou du moins l’une d’elles) est liée à Nestlé et consorts, elle devrait simplement se taire et elle a tort. Et la liberté d’expression aux oubliettes? Elle n’a d’ailleurs pas le droit d’être féministe parce qu’elle « fait » de la pub et que la pub avilit les femmes.

Comme je crois que le féminisme est « pluriel » en un certain sens, je pense que l’on ne peut interdire à Mme Badinter de réfléchir et se penser féministe. Parce que n’en déplaise à certain.e.s: elle est plus féministe que beaucoup.

Cependant, le discours de Mme Badinter possède aussi des failles. Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit.

Revenons à nos moutons

Pour beaucoup, il est clair que le combat de l’écologie et le combat du féminisme doivent être menés ensemble, de front. Comme si les fronts n’étaient pas suffisamment nombreux dans les deux cas pour qu’on ajoute de quoi un peu plus diviser la foule.

Dans son article, Virginie Maris évoque les points de convergence entre le féminisme et l’écologie sous trois aspects:

  • épistémologique (puisque la domination masculine dans le domaine des sciences a influencé la constitution des savoirs, des protocoles de recherche et cie…  souvent en occultant le volet écologique.
  • moral (puisque le paternalisme et l’anthropocentrisme ont des racines communes et que cela invite à critiquer la domination des hommes sur les femmes ainsi que celle des humains sur la nature)
  • social (puisque certaines féministes du Sud ont mis en exergue les dangers et les injustices que le réchauffement climatiques et autres dégradations de la nature font peser sur les populations pauvres)

J’ai pu remarquer que quand on parle d’écoféminisme, le mot « domination » revient avec la régularité d’une montre suisse. Un peu comme si on voulait graver que l’homme blanc est un énorme problème. L’homme.blanc. Juste. A ce stade, je note que la définition du féminisme attachée à l’écoféminisme est celle que je ne tolère que très peu. A savoir:

« Doctrine, mouvement qui préconise l’extension des droits, du rôle de la femme dans les sociétés » (Merci Le Petit Robert

Autant dire que si on se base sur cette définition, je ne suis pas le moins du monde féministe. Je trouve que tous les mouvements qui se contentent de cette définition ne valent pas mieux que les actes qu’ils dénoncent.

Si cette tendance à l’extrémisme ne vous dérange pas trop, je vous invite à lire l’article de Virginie Maris qui est tout de même intéressant… à partir du moment où l’on laisse ce qu’il y a à y laisser.

Elle note, aussi, les faits suivants:

Il est cependant important de se garder d’ancrer la démarche écologique dans une conception essentialiste de la féminité, qui considérerait, comme le font certaines écoféministes, que les femmes ont, nécessairement, un rapport différent de celui des hommes au monde naturel. Il existerait une connexion privilégiée entre la nature et les femmes, qui auraient une façon foncièrement différente d’appréhender le monde, le vivant, la société. Des explications naturalistes viennent généralement étayer cette position. Parce qu’elles donnent la vie, les femmes auraient une relation plus intime avec le vivant. Parce qu’elles élèvent les enfants, les femmes seraient plus spontanément enclines à appréhender les effets à longs termes de leurs actions. Parce qu’elles sont traditionnellement en charge de fonctions vitales au sein du groupe, elles auraient une vision plus globale des liens qui unissent les sociétés humaines au monde naturel.

Le fait est là: ce n’est pas l’écoféminisme qui renvoie les femmes à leur cuisine mais le naturalisme dans toute sa splendeur.


Les sources:

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