Gudule se repaye son utérus

Aujourd’hui, journée de la gentillesse, prions pour que Gudule soit sympa…

Après presque deux mois de silence pendant lequel j’ai préparé le squelette de quelques articles, je décide de sortir de ma retraite pour parler d’un sujet qui a secoué, pendant quelques jours, les actualités avant de retomber dans le silence, recouvert d’un voile pudique.

Je veux bien entendu parler des:

Touchers vaginaux/rectaux sans consentement et sous anesthésie générale.

Il y a presque un an, j’ai écrit un article sur l’ancienne plateforme de Gudule. Il traitait du hashtag #PayeTonUtérus sous lequel les femmes évoquaient les violences gynécologiques (surtout) et médicales (plus généralement) dont elles étaient les victimes.

Revenons donc à nos moutons. Fin octobre, le couperet tombe: une étude prouve que les étudiants en médecine s’entraînent aux touchers sur des patients endormis sans leur consentement.

Bon, avant toutes choses, précisons que le rapport remis à la Ministre de la Santé, Mme Touraine, fait état de 20% à 33% de touchers faits sans le consentement durant une anesthésie. Nous sommes d’accord pour dire que ce sont 20 à 33% de trop.

Essentiellement, ces touchers ont lieu durant une anesthésie générale et dans des cas où c’est pathologiquement intéressant (comprendre: qu’une maladie est détectable par ces touchers). Là où le bât blesse, c’est que beaucoup sont inintéressants du point de vu médical mais aussi que le consentement n’est pas demandé par peur du refus.

Soyons honnêtes trente secondes. Quand on nous demande notre autorisation pour un toucher, généralement on ne va pas dire non. Après, il faut qu’il soit fait dans le respect toussa toussa…

En définitive, ce sont les réactions des médecins qui m’insupportent. Comme de bien entendu, ils font bloc pour justifier leur comportement (#complexedeDieu) saupoudré de sexisme et de mépris pour leur patient.

Avant toute chose, rappelons le Code de la Santé Publique:

Aucun acte médical ni aucun traitement ne peut être pratiqué sans le consentement libre et éclairé de la personne et ce consentement peut être retiré à tout moment. (Article L1111-4)

L’examen d’une personne malade dans le cadre d’un enseignement clinique requiert son consentement préalable. Les étudiants qui reçoivent cet enseignement doivent être au préalable informés de la nécessité de respecter les droits des malades. (Article L1110-2)

Puis le Code Pénal:

Tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu’il soit, commis sur la personne d’autrui par violence, contrainte, menace ou surprise est un viol.

Le viol est puni de quinze ans de réclusion criminelle. (Article 222-23)

Constitue une agression sexuelle toute atteinte sexuelle commise avec violence, contrainte, menace ou surprise.

Le viol et les autres agressions sexuelles sont constitués lorsqu’ils ont été imposés à la victime dans les circonstances prévues par la présente section, quelle que soit la nature des relations existant entre l’agresseur et sa victime, y compris s’ils sont unis par les liens du mariage. (Article 222-22)

Rappelons aussi que c’est l’absence de consentement qui fait le viol et/ou l’agression sexuelle. Le souci, c’est que comme le patient signe une attestation avant de rentrer au bloc, la question du consentement se complique puisque tous les actes ne sont pas explicités et que ce serait « trop dur » pour un médecin de le faire. Du coup, le patient consent mais il ne sait pas exactement à quoi….

Je reviens à nos chers médecins et étudiants médecins. Un Tumblr donne le meilleur de ces réactions outré d’un corps médical sexiste et sectaire, imbu de lui-même et qui ne supporte pas que l’on remette en question son pouvoir.  Dans le même temps, je ne compte plus non plus le nombre d’étudiants qui s’élèvent contre la vague de protestation. Je pense notamment à quelques Madmoizelles étudiantes en médecine qui ont témoigné et à un étudiant en médecine qui dessine pour expliquer aux pauvres hères que nous sommes, la réalité d’une chirurgie.

Avec délicatesse, Védécé (c’est son pseudo), nous rappelle que s’il y a toucher, c’est obligatoirement parce qu’il est nécessaire et qu’il est passablement agacé que l’on ait déformé le problème pour en faire une polémique sexiste tirée du fantasme du médecin abusant de sa patiente (vous le santé (sic) le mansplaining? la négation? la prochaine accusation d’hystérie?…). Il nous explique que les femmes sont majoritaires dans les études médicales et que les patients hommes ont aussi un anus (bam, en plein dans le: non mais c’est rien, les hommes aussi le subissent! #maletears)

Non, sans rire, merci de l’info, je pensais que les hommes n’avaient pas d’anus et que du coup, ils déféquaient par les oreilles…

Védécé commence sérieusement à m’échauffer les oreilles quand il dit que l’absence de consentement n’est pas vraiment choquante quand on connaît l’horreur des blocs… Euh wait, c’est pas comme dire que la pédophilie n’est pas choquante quand on connaît l’horreur d’un accouchement?

Il ne comprend pas non plus pourquoi mettre un index (dans un rectum) est plus choquant que la panoplie d’objets qui peuvent y passer durant une chirurgie…  Quelqu’un peut lui expliquer la différence entre être humain et objet?

Le summum de son hypocrisie est atteint quand il indique que si, après avoir énoncé la liste des actes possibles durant une chirurgie (dans un monde parfait, c’est ce à quoi on a droit durant un rendez-vous avant l’opération), le patient refuse un acte, ce refus peut signifier l’impossibilité de l’acte chirurgical.

Mais est-ce-que ce n’est pas au médecin d’expliquer l’intérêt de la procédure au patient? Mais est-ce-que le prétexte du « manque de temps » n’est qu’une excuse soulignant la tendance des médecins à se moquer de leur clients patients qu’ils jugent trop idiots pour avoir le droit d’accepter ou refuser quelque chose? N’est ce pas significatif dans leur complexe de Dieu?

Les quelques Mad » ayant gentiment proposé leur témoignage sont un peu moins… Comment dire? méprisantes. Pour ne pas dire « pas vraiment ». Elles nous expliquent que les touchers sont des actes encadrés dans les CHU (centres hospitaliers universitaires).

Moi qui pensais qu’on larguait les étudiants en CHU comme ça… je tombe de haut (*blague pourrie*)

Trêve de sarcasme, soyons sérieux. Durant les premiers témoignages, je retiens une chose: certes, il y a des touchers mais avec le consentement et/ou dans le cadre de la prise en charge. Mc, second témoin, évoque que les gestes sont parfois faits en double: médecin puis étudiant (comprendre quelqu’un qui est en stage, non diplômé) mais que cela est cool puisque c’est pour sa santé. Petite question: le patient était-il au courant qu’on allait lui mettre deux fois des doigts? Non parce qu’il a probablement accepté pour le médecin mais pas pour le stagiaire j’ai comme un doute…

J’ai cependant l’impression qu’elles n’ont rien saisit du problème. A la limite, tant qu’il y a un consentement ET une justification médicale, personne n’a de souci avec un toucher pendant une opération. Par contre, il y a un souci puisque les étudiants sont censés apprendre quand les patient(e)s sont conscient(e)s.

Tout cela ne fait qu’accentuer mon impression que l’on essaye de noyer le poisson en tentant d’expliquer et de justifier un comportement inacceptable. C’est ce que l’on appelle l’esprit de corps, phénomène des plus tenaces quand on parle de médecine.

Dois-je aussi évoquer les quelques mots qui indiquent que les seniors (aka les médecins diplômés, titulaires toussa toussa) veulent vraiment transmettre des connaissances et des pratiques mais que comme ils ne veulent pas se voir opposer un refus, ils passent au-dessus…  #ComplexedeDieu Les pauvres bichons, ils ne veulent pas nuire hein (v’là l’excuse… c’est comme dire qu’un violeur ne voulait pas nuire à sa victime)… A croire que devenir médecin leur supprime l’empathie, le sens de l’éthique et du respect…

Pour conclure, je reviens sur le Tumblr TvsousAG qui a pour but de recenser toutes les réactions sur les réseaux sociaux des médecins et étudiants. Je vous invite à le consulter pour vous imprégner du sentiment d’impunité et de toute puissance qui nimbe le corps médical.

Comme je l’ai expliqué un peu plus haut, en théorie, il devrait y avoir la description de tous les actes dans cet accord. Le chirurgien se doit d’expliquer ce qu’il va faire et pourquoi. Si plainte pour viol il y a, elle aura de fortes chances d’aboutir, n’en déplaise. Pénalement parlant, c’est un viol/une agression sexuelle
Non, ce n’est pas parce que l’on va en CHU que l’on doit à tout prix accepter d’être un cobaye. Les étudiants doivent se former, nous sommes tous d’accord mais avec notre consentement… chose que le senior n’a jamais et dont les étudiants ne se soucient pas

Et petite lueur d’espoir au milieu de ces futurs soignants arrogants qui ne voient pas où est le souci:

Pour conclure… Au cours de mes nombreuses hospitalisations, je tâche d’être la patiente la plus agréable possible afin que tout se passe pour le mieux. Je ne m’oppose que rarement à mes examens ou aux protocoles de soin, je pose mes questions et j’attends les réponses.

Par contre, quand je tombe sur un soignant qui me prend pour une idiote, ne prend pas le temps de m’expliquer, me balance que si je me suis coupée au pouce c’est parce que je suis grosse et asthmatique… Je sors les griffes. Oui, je n’hésite pas à rentrer dans le lard de mes médecins quand ils me tapent sur le système. Je n’ai pas la science infuse, je n’ai pas des années de médecine et si je  n’ai aucun problème avec la formation des étudiants, j’entends à ce que l’on me respecte et que l’on me demande mon autorisation.

Simplement cela. Comme le jour où j’avais choppé la rougeole (malgré mes vaccins) et qu’une foule d’étudiants est venue prendre en photo ma bouche pour garder un screen de la trace noire symptômatique de cette maladie…(classe hein)… Je pense que le problème n’est pas le refus du patient (parce que pour un refus, il y a combien de personnes qui acceptent) mais que les médecins s’en foutent littéralement. J’aimerai qu’ils aient l’honnêteté de le dire. Nous sommes devenus des clients qu’ils enfilent à la chaîne. Des objets sans âmes.

La question qu’ils y prennent du plaisir ou non n’est pas le sujet. Encore heureux que cela ne les éclate pas. Mais qui a dit que dans la notion de viol ou d’agression sexuel, l’agresseur devait obligatoirement prendre son pied?


Pour approfondir:

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