Témoignage – Des fois, ça se passe bien

Voici une première pour Gudule: elle se fait la voix de quelqu’un désirant garder l’anonymat. Le texte suivant n’est donc pas de moi mais de quelqu’un désirant faire part de son expérience.

 

Il traite d’un sujet bien particulier:

L’opération pour stérilisation d’une femme nullipare.

 

J’écrirai à ce sujet un peu plus tard. Pour l’instant, je préfère pour laisser lire ce qui a été écrit.

 


 

« Pendant très longtemps, une bonne dizaine d’années, pour tout dire, j’ai hésité à me faire stériliser. Je n’ai jamais voulu avoir d’enfant, vraiment jamais, et mon expérience avec les bébés et enfants des autres a été tellement traumatisante qu’au fil des années ma conviction n’a cessé de se renforcer.

Cependant, les témoignages accablants de l’internet, cette bibliothèque de cauchemars, m’ont longtemps dissuadée de même en parler à mon médecin, qui me connaissait pourtant depuis que je suis toute petite. Et lorsque j’ai fini par lui en parler — il approchait de la retraite — il m’a dit d’un air presque triste : « Je te comprends complètement, ma fille est comme toi, mais jamais “ils” n’accepteront. 35 ans, aucun enfant, c’est trop jeune, ils ont peur que tu changes d’avis et que tu te retournes contre eux. »

Dans ma tête, cela faisait déjà un certain temps que j’étais trop vieille (et trop sage) pour polluer la planète d’une créature dont la simple existence, en plus de détruire ma vie, ne ferait qu’accélérer l’apocalypse climatique qui nous attend.

Lors de ma première consultation avec ma nouvelle généraliste, qui ne me connaissait donc pas aussi bien et à laquelle il fallut donc expliquer très clairement ma position, mes antécédents et les raisons d’un choix déjà mûrement réfléchi, cette dernière, après les mêmes avertissements que son prédécesseur, m’a indiqué une gynécologue du CHU qui accepterait de me recevoir, et, peut-être, d’accéder à ma requête.

Rendez-vous fut pris huit mois plus tard. Je ne m’étais jamais rendue au centre Olympe de Gouges et je ne m’attendais pas à ce décor aux murs recouverts de photographies de femmes célèbres dans tous les domaines : chercheuses, politiciennes, actrices, etc.

La praticienne qui me reçoit est une femme affable, d’une grande gentillesse, particulièrement compréhensive. Consciente que ce n’est pas une décision à la légère, mais le fruit d’une longue introspection dû à la lassitude de la contraception orale et à un besoin de solution définitive (la pilule n’étant pas infaillible, d’autant plus que j’ai tendance à l’oublier chez moi quand je pars en voyage), sans doute également rassurée par la présence et le soutien de mon compagnon, elle me propose de choisir entre les deux méthodes connues actuellement en m’encourageant à préférer la moins « lourde » et plus moderne — ce que je fais. Elle m’indique simplement qu’il est préférable de consulter une psychologue de l’hôpital et m’apprend qu’un délai de quatre mois de réflexion est obligatoire entre la première consultation et l’opération proprement dite. Je prends donc rendez-vous pour une seconde consultation pour quatre mois plus tard, et un rendez-vous avec la psy. Je déteste les psys. J’ai toujours considéré qu’ils ne valaient pas mieux que les dirigeants de sectes. Le fait que cette (au demeurant gentille) dame travaille à l’hôpital, qu’elle ne soit là que pour « m’écouter et comprendre ma décision » ne change rien à l’affaire. Là encore, je tiens à ce que mon compagnon m’accompagne, ne serait-ce que pour désamorcer toute explosion. Dans l’ensemble, la rencontre se passe bien, mais je considère que ce passage obligé est une perte de temps.

Quatre mois plus tard, soit il y a deux semaines, me revoilà devant la gynéco, qui constate que je n’ai pas changé d’avis, ni sur l’opération ni sur la méthode, et que j’accepte d’employer la moins agréable des deux si jamais il n’était pas possible de procéder autrement, et me demande « Êtes-vous disponible vendredi en quinze ? » Comme tel était le cas, elle me demande d’être présente à 7 h le matin en question pour une hospitalisation en ambulatoire pour une demi-journée environ.

Je passerai rapidement sur la rencontre préalable avec l’anesthésiste, une dame tout aussi sympathique que le reste du personnel que j’ai rencontré jusqu’alors, qui me fournit immédiatement une ordonnance pour une tonne de médicaments antidouleurs à prendre après l’opération, ce qui ne me rassure guère, alors que je suis déjà assez nerveuse comme ça !

Le jour de l’opération elle-même, à jeun comme il se doit, mon compagnon et moi arrivons avec une bonne demi-heure d’avance sur l’horaire indiqué par téléphone la veille par l’infirmière. Nous sommes reçus par une infirmière et une aide-soignante aux petits soins, qui m’indiquent que mon compagnon peut aller se dégourdir les jambes comme il le souhaite et qu’elles lui rouvriront les portes de la chambre à son retour, même en mon absence. Il restera à l’hôpital tout au long de mon bref séjour.

Je suis prise en charge avec un peu de retard, transportée directement dans mon lit, mais une fois arrivée au bloc, les préparations commencent sans attendre. Une fois encore, rien à voir avec les situations cauchemardesques, abrutissantes et dégradantes décrites sur toutes les plateformes féminines que j’ai consultées. Les aides-soignants, infirmiers et médecins sont tous extrêmement gentils et prévenants, avec une mention spéciale à l’infirmière anesthésiste, qui à défaut de me faire croire en Dieu (personne n’y arrivera jamais) pourrait presque me faire croire à l’existence des anges, et qui m’a parlé, m’a accompagnée et rassurée tout au long de la procédure. Il faut préciser que la méthode Essure pour laquelle j’avais opté est conduite sous sédation avec un dérivé morphinique, sans anesthésie, c’est-à-dire que j’étais aussi consciente qu’on peut l’être sous l’effet de la morphine dont l’effet antidouleur est indubitable. Si les préparatifs — ajustement des couvertures et du chauffage soufflant pour éviter que je prenne froid, installation des perfusions et appareils de mesure — prennent du temps, l’opération elle-même n’a pas dû durer plus d’un quart d’heure.

Dès l’arrêt de la perfusion de morphine, je suis à nouveau en pleine possession de mes moyens intellectuels, et l’heure passée en salle de réveil relève du calvaire : je ne souffre pas particulièrement plus que pendant mes règles, mais j’ai besoin d’aller aux toilettes et mon dos me rappelle que j’ai une scoliose, que la position allongée n’est pas idéale, et même si j’ai le droit de bouger dans le lit, j’ai encore un brassard de prise de tension à un bras, et une aiguille de perfusion (même non reliée à quoi que ce soit) dans l’autre. Quand la gynécologue vient me voir pour me confirmer que tout s’est bien passé, que je dois continuer la contraception orale pendant encore trois mois le temps que le dispositif soit totalement efficace, elle m’encourage à trouver une position aussi confortable que possible, et sourit en m’entendant demander à marcher un peu. Je passe une heure en salle de réveil avant de regagner ma chambre, trouvant mon compagnon dans le couloir à regarder les photographies. Une aide-soignante m’aide à me redresser dans le lit, me rapproche la télécommande pour que je puisse le régler à ma convenance (je finis pas m’asseoir en tailleur pour calmer mes pauvres vertèbres), et me promet que je pourrai me lever et aller aux toilettes après avoir pris une collation bienvenue (un excellent thé de Ceylan, des biscottes avec de la confiture, et du fromage blanc). Faire quelques pas vers la salle d’eau est un soulagement, d’autant que je suis capable de me passer de son aide — j’attends quand même qu’elle soit présente pour me relever du trône et enfiler un sous-vêtement de l’hôpital en attendant que j’aie droit à mes vrais vêtements, d’autant que l’opération entraîne malgré tout quelques saignements.

En attendant mon autorisation de sortie, je peux discuter et plaisanter avec mon ami, essayer de dormir et ne pas y arriver, constater que la médiocrité de la télévision française est toujours aussi accablante, même si je ne l’ai allumée que quelques secondes pour regarder l’heure — la chambre manque d’une pendule. Un jeune gynécologue vient me voir de la part de la praticienne qui présente ses excuses pour ne pas pouvoir venir elle-même, constate que je suis presque en pleine forme (j’ai encore un peu mal au dos d’être restée allongée trop longtemps), et signe mon autorisation de sortie. Tout comme l’infirmière qui vient me retirer ma perfusion, il fait preuve d’une grande sollicitude et de beaucoup de gentillesse.

Finalement, la personne la moins aimable sera la dame des admissions qui récupérera mon attestation de sortie, et ce n’est qu’une comparaison avec les membres du personnel du pôle de gynécologie, car elle était malgré tout courtoise. Comme quoi, les femmes qui ne veulent pas d’enfant ne sont pas traitées partout comme des folles ou des extraterrestres. Jamais, dans toute ma démarche, ma santé mentale n’a été remise en cause, jamais je n’ai été en butte à la moindre insulte, directe ou voilée, et je n’ai rencontré que courtoisie, compréhension et gentillesse. »


Le petit mot de la fin.

Je ne remercierai jamais assez cette personne de m’avoir fait confiance et confié son témoignage. Il ne reste qu’à vous, de bien vouloir le faire circuler sur la toile afin que cette bonne expérience se propage et donne à réfléchir au corps médical, qui, bien souvent, estime mieux savoir que les patients ce que ces derniers désirent.

Elle est aussi là pour prouver que si la majeure partie des cas, et bien malheureusement, vouloir se faire stériliser en tant que femme est un calvaire, parfois…. cela se passe bien.

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