Vie en eaux troubles: les bas-fonds du féminisme #2: l’Affaire Stoya

Dis comme ça, on dirait que l’on va encore être dans un article de 14 km où je pourrais rager tout ce que je sais en dénonçant les choses qui m’agacent toujours chez mes camarades féministes.

Alors oui, je ne suis vraiment pas ravie de ce que j’ai pu lire hier soir (et de ce que je lis encore ce matin). Je vais probablement avoir encore des soucis et me faire plein de copines mais zut… Quand on parle d’un sujet aussi sensible que le viol, je me demande où certaines femmes ont mis leur empathie….

TW: viol, parti prit (on sait jamais…), humour à la con


 

Mise en contexte:

Il y a quelques jours, Stoya a annoncé, via son twitter, avoir été victime de viol par James Deen. Pour la « petite » histoire, Stoya et James Deen sont des acteurs porno. Le second est notamment connu pour être un acteur porno féministe. Sa réputation auprès de la gente féminine n’est plus à faire: sympathique, respectueux…. En plus d’être craquant. Voyez plutôt:

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Pour ma défense, il a les yeux bleus et moi je craque…

Bref, passé le moment jebavesurunacteurporno, voici une photo de Stoya:

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Oui, j’avoue, je craque aussi sur elle.

 

Tous deux ont été en couple pendant environs deux ans entre 2012 et 2014. Très exposés médiatiquement, ils ont été surnommé les « Jay-Z et Beyoncé du porno »… C’est dire l’imagination des gens… Leur rupture date donc d’il y a quelques mois et j’avoue ne pas être très au fait de l’actualité de ces deux personnes. Reste que voilà, Stoya étant une personne dont j’apprécie le physique suffisamment pour avoir déjà utilisé des photos d’elle (où elle était vêtue, j’vous voir déjà venir d’ici) pour un forum rp et dont je connais les engagements et l’intellect (c’est surtout ce point là qui est important), je ne pouvais pas ne pas m’intéresser à son témoignage.

D’autant plus que, je dois l’avouer, la thématique du viol est probablement l’une des plus sensibles chez moi.

C’est par ce Tweet que l’actrice a commencé à parler de ce qu’elle a vécu. Elle a, juste après, été bien plus précise:

James Deen m’a plaqué et m’a b**** pendant que je disais non, stop, que j’utilisais mon safeword. Je ne peux juste plus hocher de la tête et sourire quand les gens m’en parlent.

Pour les personnes qui ne le savent pas, le safeword est utilisé dans des pratiques BDSM afin de différencier le « non » du jeu et un vrai non qui signifie l’arrêt immédiat de toutes pratiques… BDSM ou pas d’ailleurs.

 

En peu de temps, l’affaire a atteint les sites d’information. Ah la magie de la toile…  Comme on peut s’y attendre, Stoya a été la cible d’une vague de slutshaming et de victimblaming d’autant plus violente que pour certains, comme elle est actrice porno, elle ne peut pas se faire violer ou d’autres ont posé la question qui tue: avant ou après qu’ils se soient séparés. Petit extrait:

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Viol conjugal mon amour….
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Se faire violer = de quoi râler mais sans plus…

 

En France, l’essentiel des commentaires ont été modérés et supprimés sans le moindre état d’âme. Le twitter de Stoya est majoritairement composé de messages de soutien (de quoi me redonner confiance en l’humanité) à part quelques exceptions comme celles-là:

Celui de James Deen en revanche est… à vomir:

 

Et donc?

L’étalage majoritairement vomitif étant terminé, venons-en au coeur du sujet. Hier, le site MadMoiZelle a posté un article intitulé: Stoya accuse son ex, James Deen, de viol… et moi je la crois. Les réactions à ce sujet ont été de tous bords et j’ai passé la majorité de ma soirée à essayer de communiquer avec l’autre front au lieu de préparer mes cadeaux de Noël et de faire ce que j’ai promis…

J’ai bien dit « essayer » car il est vraiment compliqué d’y arriver pour quelqu’un avec ma maladie. On veut dire plein de choses et on le fait plus ou moins bien. Mais ce n’est pas de cela que je veux évoquer. En effet,  je préfère parler des critiques qui ont été faites à l’encontre de cet article.

Que l’on soit clair: c’est un billet d’opinion. Mymy, l’auteure, nous explique pourquoi elle décide de prendre parti pour Stoya et de la croire. Etant la pro des billets d’opinion, autant dire que je saisis totalement la différence. Régulièrement, on retrouve des billets d’opinion sur les sites d’information mais étrangement, là, cela a posé problème. Dois-je me demander que la raison principale de ce soudain appel à l’éthique et à l’objectivité est dû au fait que c’est pour une histoire de viol et que celui qui est désigné est le chouchou d’un bon nombre de femmes?

Ce serait de la mauvaise foi, non ? Et ce n’est vraiment pas mon genre, voyons.

 

Des problèmes dis-tu?

Dans les commentaires de Madmoizelle, la question de savoir si Stoya est une actrice porno ou pas, qu’elle ait été avec lui ou pas, n’a pas été posée. Tant mieux j’ai envie de dire. Il est toujours bon de voir que c’est quelque chose d’acquis.

Par contre, d’autres problèmes ont été posés et pas des moindres. Ils m’ont fait bondir sur ma chaise, m’ont donné envie d’allumer mon pc en fin de vie pour écrire de plus long laïus que sur mon téléphone… Et de rager. Beaucoup.

  • La présomption d’innocence.
  • La perte de repères/limites de James Deen à cause de son boulot.
  • Pourquoi le dire sur Twitter alors qu’elle pourrait porter plainte?
  • Pourquoi en parler sur les réseaux sociaux et mettre tout le monde au courant?
  • Il n’y a pas d’avis à avoir.

 

La présomption d’innocence.

Qui ne connaît pas cette phrase: « Nul n’est coupable jusqu’à preuve du contraire.« ? Elle résume parfaitement bien la question et son principe. La présomption est fondée sur l’article 11 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme de 1948 où elle est formulée ainsi:

« Article 11. Toute personne accusée d’un acte délictueux est présumée innocente jusqu’à ce que sa culpabilité ait été légalement établie au cours d’un procès public où toutes les garanties nécessaires à sa défense lui auront été assurées.
Nul ne sera condamné pour des actions ou omissions qui, au moment où elles ont été commises, ne constituaient pas un acte délictueux d’après le droit national ou international. De même, il ne sera infligé aucune peine plus forte que celle qui était applicable au moment où l’acte délictueux a été commis. »

En France, notamment, la présomption d’innocence sous-entend qu’il y a instruction. C’est à dire une procédure en justice (pour résumer). Or, jusqu’à présent, il ne me semble pas que Stoya a porté plainte (et elle n’est pas vraiment sous le coup de la législation française mais comme aux Etats Unis, la présomption d’innocence existe aussi avec toutes les différences que cela peut supposer et que je n’étalerai pas ici…). De ce fait, demander la présomption d’innocence en cas de viol renvoie à mon sens à une sorte de couverture pour protéger la personne visée.

Ok, sur la toile, les gens se déchaînent plus facilement. L’opinion est, en toute logique, divisée. Twitter est devenu un champ de bataille entre les pro Stoya et les pro James Deen.  Mais au-delà de cela, la présomption d’innocence est un véritable problème dans la thématique du viol.

En effet, la demander pour James Deen, par exemple, équivaut à sous-entendre, en un sens, que Stoya ment. Pourquoi? Parce que s’il est présumé innocent, cela ne veut-il pas dire qu’elle est présumée menteuse, non?  Cela me semble être de la pure logique car il ne peut y avoir deux vérités, deux sons de cloche, deux versions pour un même fait.

Ajoutons à cela le poids de la culture du viol. Quoique l’on fasse, c’est à la victime de viol de prouver qu’elle a été violée le tout saupoudré de l’éternelle question du mensonge car c’est bien connu: toutes les femmes sont des menteuses en puissance.

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Je pense que le message est on ne peut plus clair….

Même si le viol est des plus récents (par exemple: à peine terminé), la victime doit passer par un véritable parcours du combattant pour pouvoir lancer la procédure juridique durant laquelle, pour se protéger, l’accusé va se planquer derrière l’habituel « mais elle n’a pas dit non » ou « je ne l’ai pas entendu » ou « elle aime ça » ou… pas besoin d’un dessin, je pense que vous avez compris l’idée.

Le consentement, voilà la clé. Cependant, ce dernier est souvent utilisé pour couvrir le viol: « elle était d’accord mais elle regrette alors du coup, elle accuse de viol ». On revient au mensonge et à la femme comme éternelle première pécheresse face à ces pauvres copies d’un Adam soumis à son service trois pièces.

Du coup, comment prouver un viol quand la société et le système judiciaire portent la présomption d’innocence d’un violeur comme bouclier et la présomption de mensonge comme étendard? Ne pas remettre la présomption d’innocence en question quand il s’agit d’un viol est, à mon sens, l’un des meilleurs exemples de la culture du viol totalement intégrée et acceptée par nos sociétés sans même une remise en question.

Dans le cas, fort sensible, des viols et des agressions sexuelles, je pense qu’il serait temps que ce soit à l’accusé de prouver son innocence et non pas à la victime de prouver qu’elle a bien été violée et/ou agressée.

 

La perte de repères/limites de James Deen à cause de son boulot.

Il fait du porno. Notamment chez Kink, the studio orienté BDSM dans l’industrie pornographique. Nous avons tous conscience que les acteurs porno sont plus ou moins doppés pour parvenir à faire une « performance valable ». Cependant… est-ce une raison pour une telle réaction? je vous mets toute la conversation qui est assez improbable:

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Plusieurs choses, si l’on retire la stupidité l’agressivité de ma grande « copine » Laure, m’ont choquées:

  • Il prend des médicaments qui rende sexuellement agressif (qui des sources médicales).
  • Un homme à des pulsions sexuelles.
  • Vu que tu baises toute la journée et que tu bandes toute la journée, on peut comprendre que tu en viennes à violer (potentiellement hein)
  • Puisqu’on est dans du porno, fatalement, ça doit arriver

Je synthétise un peu parce que c’est hyper long et sinon, je ne suis pas rendue à la fin de mon billet.

Je suis allée enquêter un peu sur le  fait que des médicaments, notamment le Viagra qui a été bien des fois cité, rendaient sexuellement agressif. Parce que bon, j’ai beau être une pharmacie ambulante, je ne connais pas non plus toute la pharmacopée mondiale.

Premier constat, l’agressivité sexuelle ne fait pas partie des effets secondaires ou indésirables du Viagra. Quand on sait que dès qu’il y a suspicion d’effet secondaire ou indésirable, les laboratoires et les autorités sanitaires sont obligées de les mettre dans la notice explicative…

Elle n’est pas non plus notée pour les anabolisants et la cocaïne. On parle d’agressivité mais sans la composante sexuelle derrière. Ajoutons à cela le second point: l’homme a des pulsions (sexuelles notamment) qu’il parvient plus ou moins à refréner. 

Il n’est pas non plus noté que le Viagra, les ana ou dame coco augmentent les pulsions sexuelles chez les hommes. Le viagra fait le kiki tout dur pendant longtemps, les ana augmentent les performances et dame coco fait voir des éléphants roses bandant dans des nuages de chantilly arc en ciel.

Quid, du coup, du lien entre l’usage de ces substances et son boulot… Là par contre, c’est un peu plus compliqué. Mister Z (Z pour zizi) trempe sa margoulette plusieurs fois par jour avec des femmes au consentement nébuleux (je ne veux pas rentrer dans un débat sur la prostitution et le porno). Doit-on considérer que mister Z n’est qu’un kiki sur pattes parce qu’il fait ce métier? Doit-on penser que fatalement, son mental, sa psychologie est littéralement obnubilé par la prochaine bacchanale? N’y a-t-il pas un être humain avec sa personnalité accroché à ce phallus turgescent ?

Tonton Freud, puisqu’il a été cité par le dernier intervenant dans cette conversation, a établi que:

[Freud] a inclus la libido dans une vision globale de la sexualité humaine comme composante de la métapsychologie pour désigner l’énergie sexuelle issue de la pulsion sexuelle dans la première topique.

==>Je vous invite à fouiller un peu les liens histoire de comprendre un peu mieux.

Bref, on est pas au bout de la galère. Parce que bien évidemment, je joue sur les mots mais au final, pour quelqu’un qui est saupoudré de substances plus ou moins licites, il est clair qu’à un moment, il n’est plus très très bien dans son crâne. Néanmoins, quand il arrive à ce stade, ses partenaires (de plateau, de lit ou de n’importe où d’autre) devraient avoir réalisé… du moins en partie… Non ?

Parvenu à ce moment, il ne doit plus vraiment où est la réalité, non? Du coup, quid du comportement social…  Peut-on dire que si mister Z a un comportement socialement acceptable en public et pas dans le privé (quand il est seul avec un miss J), qu’il est conscient de ce qu’il fait quand il viole miss J et que, par conséquent, l’argument/question « travail et/ou substance » ne tient pas la route?

Est-ce-que tout cela est du au fait qu’il travaille dans le porno? La prise de substance, oui, indéniablement. Le viol? J’émets de sérieuses réserves avec ce raccourci… pour tout ce que j’ai déjà dit plus haut mais aussi parce que dire que s’il viole c’est à cause du porno, c’est comme dire que Mister Z est un terroriste parce qu’il joue à MGSV...

 

Pourquoi le dire sur Twitter alors qu’elle pourrait porter plainte?

Dans le florilège des réactions pourries, celle-là remporte la palme. Dans le même thème, il y a le fait que le viol fait partie de la sphère privée et ne devrait pas en sortir… Vous le sentez le malaise, là?

Je crois qu’il est inutile que je m’étale 107 ans dessus pour dire ce que l’on est tous censés savoir: liberté d’expression! Si une victime décide de le balancer sur Twitter ou de l’écrire dans le ciel avec des nuages de paillettes, ce n’est pas à nous de juger. Ce n’est pas pour autant que son propos n’est pas crédible ou qu’il perd de son importance! On frôle le victimblaming là quand même!

J’en profite pour faire une piqûre de rappel concernant les plaintes pour viol. Pourquoi il y a si peu de plaintes? Parce qu’il y a toujours des personnes qui font du slutshaming, du victimblaming. Parce que la victime doit prouver qu’elle a vraiment été violée. Parce que les personnes compatissantes et qui ne jugent pas ne sont pas légion. Parce qu’elles perdent tout. Parce que si la justice ne reconnaît pas leur viol, elles sont catégorisées comme menteuses.  Ça suffit comme réponse ou il en faut encore?

Émettre cette question, c’est encore un symptôme de la culture du viol et une preuve de la méconnaissance de tout ce qu’il y a autour. J’ai eut un grand débat avec une personne à ce sujet et à celui de la présomption d’innocence. Je ne retrouve pas l’échange mais le ressenti que j’en ai c’est: son témoignage ne vaut rien, elle n’a pas porté plainte, il y a la présomption d’innocence.

 

Pourquoi en parler sur les réseaux sociaux et mettre tout le monde au courant? Un peu de décence, que diable!

Parce que c’est son droit le plus pur? La voix des victimes doit se faire entendre et au vu des réactions, elles doivent le faire de plus en plus fort pour obtenir une certaine visibilité.

Accuser une victime d’indécence (cela a été dit dans les commentaires facebook de l’article de Madmoizelle), c’est comme pour le paragraphe du dessus, lui demander de se taire. Or, il est plus que temps que la loi du silence soit brisée.

L’article de Mad » a été jugé indécent lui aussi. Un appel à la raison et aux faits a été émit plusieurs fois. Et cela revient à mettre au silence les témoignages des victimes de viol (ou de violence). Pourquoi?  Parce qu’une victime ne sera pas objective pour parler de cela. C’est quelque chose qui la touche. Celles et ceux qui la croiront ne le seront pas non plus pour la bonne et simple raison que soit ils savent ce par quoi elle passe, soit par « simple » empathie.

 

Il n’y a pas d’avis à avoir.

Attention, nous atteignons les bas-fonds du n’importe quoi. Puisqu’il n’y a pas de procès, puisqu’il y a la présomption d’innocence (et de mensonge), puisque la populace ne peut pas faire preuve de décence, de retenue, de raison et d’objectivité… La populace doit se taire et ne pas avoir d’opinion à ce sujet.

Quand je vous disais que la liberté d’expression n’était qu’une vaste blague….

 


 

Je pourrais continuer des heures et des heures sur ce sujet parce que plus j’écris et plus mes raisonnements s’approfondissent (entre deux sessions d’écriture pour mon Nano en retard). Cependant, même s’il me manque probablement des éléments, même si je suis sûre qu’une fois posté je vais avoir des choses à ajouter, je préfère arrêter là.

A la base, qu’il soit coupable ou pas, je ne me suis même pas posée la question. A mon sens, au vu de ce que les victimes de viol subissent pendant et après, je prends de facto parti pour elles. D’autant plus quand on sait qu’il n’y a que 2% de fausses accusations de viol…

Je pense vous avoir donné largement de quoi penser.

Enjoy.

 


 

Un peu de lecture:

 

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